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Les séismes des éléphants

Le goût, le toucher, l’odorat, l’ouïe, la vue… les 5 sens que l’on apprend à l’école sont-ils les seuls sens qui existent dans la nature ?

La réponse est non ! En effet, l’évolution a en effet produit de nombreux organes de perception dont les sens seraient indescriptibles pour nous, humains. Les poissons ont leur « ligne latérale », les chauve-souris et les dauphins ont leur « écholochation », les oiseaux leur « magnétoreception »… et les éléphants ont la capacité de recevoir et d’envoyer des ondes sismiques pour communiquer entre eux. Le sol est un bon milieu pour communiquer car il est relativement peu utilisé par les autres êtres vivants (par rapport à l’air) et il transmet assez peu de bruits parasites, hormis un séisme ou quelques coups de tonnerre de temps en temps. D’autre part, les vibrations peuvent se propager très loin dans la terre car elle est plus dense que l’air: par exemple, la percussion provoquée par le saut d’un homme de 75 kilos a été enregistré à 1 kilomètre et les pas d’un éléphant de 3 tonnes peuvent parcourir plus de 36 kilomètres ! Les éléphants sont connus pour produire des grondements sourds en basses fréquences (10-20Hz) qui se propagent très loin dans l’air, en anglais les « rumble ».

La boule de graisse sur la plante du pied des éléphants. Image tirée de O’Connell 2007.

On sait maintenant que les éléphants émettent et reçoivent ces grondements via le sol par l’entremise de leurs pattes avant. Ils possèdent sur la plante de leurs pieds des boules de graisses qui serviraient à faciliter la détection des signaux sismiques et à améliorer la qualité de ces signaux : ce serait une sorte de lentille à vibrations sismiques, un dispositif permettant d’améliorer la sensibilité des éléphants pour capter le plus de signaux possible.

La vibration reçue se transmet ensuite aux os des jambes, des épaules, pour aboutir à l’oreille moyenne. Les éléphants peuvent reconnaître les grondements d’alertes de leurs proches, identifier l’origine de l’onde sismique et se mettre rapidement en position de défense : il y a ainsi un véritable réseau de séismes silencieux (pour nous) qui parcoure la savane !

Un groupe d’éléphant avant et après réception d’un message sismique. Image tirée de O’Connell 2007

Pour en savoir plus : les articles de Caitlin O’Connell sont la référence en ce qui concerne la communication sismique chez les éléphants car son travail a posé les fondations dans ce domaine.

Lire (en anglais) : O’Connell-Rodwell, C. E. (2007). Keeping an “ear” to the ground: seismic communication in elephants. Physiology (Bethesda, Md.), 22, 287–94. doi:10.1152/physiol.00008.2007